Annulation des concerts de Patrick Bruel

Faisons le bilan de la venue de Patrick Bruel à Orléans en octobre 2026, son retentissement et son annulation.

Au jour où nous publions cet article, Patrick Bruel est l’objet de 32 plaintes pour harcèlement sexuel, agressions sexuelles, viols et tentatives de viol, et pour des faits allant de 1991 à 2019. Les témoignages sont recueillis par Mediapart et vont résonner dans la presse et les médias télévisés, à plus forte raison après le témoignage de Flavie Flament.

Dès la fin du mois de mai 2026, la tournée de Patrick Bruel est annulée par sa production au Canada (3 dates à Québec et 3 dates à Montréal) ainsi qu’en Belgique (où une enquête judiciaire est lancée). De même, en France, la participation à des festivals en juin est annulée et le tout annoncé par 14 Productions, sa boîte de production.

Le 8 juin 2026, il est placé en garde à vue à Paris, puis mis en examen le 10 juin 2026. Parmi toutes les contraintes qu’impliquent la mise en examen, rien ne lui interdit pourtant de continuer ses activités professionnelles, notamment ses tournées programmées.

Un moment médiatique s’ouvre où la parole est aux victimes et aux associations féministes. À ce titre, une pétition est lancée par diverses associations féministes et de défense des droits des femmes appelant à faire annuler la tournée du mis en cause, pour ne pas laisser la parole des victimes sombrer dans le silence face à la machine médiatique d’un artiste. C’est dans ce cadre que des maires de France vont demander à Patrick Bruel d’annuler sa venue dans leur ville.

Régis Juanico, maire de Saint-Étienne, déclare le 20 mai 2026 que “S’il est important de garantir la présomption d’innocence, il est tout aussi important de prendre en compte les victimes présumées”. Benoît Payan, maire de Marseille, demande le même jour à Patrick Bruel “de ne pas maintenir son concert prévu à Marseille, le temps que la justice fasse sereinement son travail”. Grégory Doucet, maire de Lyon, soutien la même idée. Bien d’autres ont suivi ces prises de paroles à la suite du 20 mai, dont le maire de Tours, le seul dans notre région à avoir eu le courage de se positionner. Comme le dit Stéphane Roudaut, maire de Brest, “Ce que la loi n’impose pas, la dignité l’exige.”

Le flou est entretenu pour savoir qui doit annuler ces dates. Patrick Bruel ou sa société de production ? Les points de vente ou les organisations de festivals ? Les maires ou les préfets ? Tout le monde se renvoie la balle. Dans les faits, cela relève des exploitants de salles et organisations de festival, par le contrat les liant au producteur de Patrick Bruel. Dans quelques cas où les salles sont détenues par les municipalités, elles auraient un droit de regard. Mais le mot d’ordre pour les pouvoirs publics, c’est le “risque avéré de trouble à l’ordre public”. Le spectacle d’une personne condamnée peut être annulé (c’était le cas pour Dieudonné). Mais pour le cas de Patrick Bruel, la présomption d’innocence prévaudrait.

Et c’est exactement la posture de Serge Grouard, maire actuel d’Orléans. D’après lui “il n’appartient pas aux maires d’annuler un concert” mais il serait “de tout cœur avec les femmes victimes d’agression, de harcèlement, d’abus sexuel.”, déclare-t-il le 27 aout 2026, soit 3 mois après la vague de déclarations des maires. Il répondait à une pétition publiée la veille lui demandant de sortir du silence.

Pas de négociation avec GL Events, l’entreprise exploitant le Zénith où devait se tenir les concerts du 9 et 10 octobre. M. Grouard se cache derrière des considérations techniques et un soutien expéditif de la parole des victimes. S’il n’a pas le pouvoir de faire annuler les concerts, il renonce surtout à sa capacité à discuter et négocier avec 14 Productions et GL Events, les deux entités liées par contrat.

Cependant, comme le soulignent de nombreux collectifs féministes, le principe de présomption d’innocence seul ne doit pas invisibiliser la parole des femmes, aussi un large appel au boycott est lancé. De même, il paraît dramatique de laisser un homme continuer à profiter d’une situation de pouvoir (le cadre de sa tournée) pour abuser et agresser des femmes (comme cela a été le cas dans plusieurs des plaintes).

L’affaire des concerts du 9 et 10 octobre à Orléans trouve sa conclusion comme de nombreuses autres dans la déclaration de 14 Productions du 16 septembre 2026, annonçant l’annulation de la tournée de Patrick Bruel, dans un communiqué sobre, sans référence aux affaires judiciaires traitées, expliquant que cette décision “répond à des circonstances ne permettant pas d’assurer le déroulement de la tournée dans les conditions de qualité et de sérénité”. Cette décision provoque un profond soulagement, mais on se souviendra de notre maire comme l’un de ceux qui s’est évertué à crier qu’on ne peut rien faire.

L’Intersection